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Résumé :
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Les paysages sylvopastoraux du nord du Portugal combinent chênaies et châtaigneraies avec des mosaïques de cultures, de pâturages et de formations arbustives. Cette étude a suivi deux troupeaux revenant quotidiennement à l’exploitation — un troupeau de brebis et un troupeau de chèvres — afin de décrire leurs périodes d’activité, les distances parcourues, les positions de versant utilisées et la répartition du temps entre les principales classes d’usage du sol au fil des saisons. Les positions enregistrées par colliers de suivi satellitaire ont été nettoyées, regroupées en trajets journaliers puis associées à une carte d’occupation du sol et à des descripteurs topographiques dérivés d’un modèle numérique d’élévation (altitude, position sur le versant, indice d’humidité superficielle). Des indicateurs quotidiens (longueur du trajet, horaires de départ et de retour) ont été synthétisés et analysés à l’aide d’une méthode multivariée réduisant de nombreuses variables en quelques axes indépendants. La topographie apparaît comme un facteur déterminant : l’altitude, la position sur le versant et l’humidité structurent l’accès aux ressources, l’ombre, l’état du sol et la temporalité quotidienne, tandis que la stratégie du berger module les itinéraires des brebis et des chèvres en fonction de leurs préférences et des contraintes du parcours. Les brebis suivent une stratégie « orientée par le temps », centrée sur les cultures temporaires et les marges de vergers-bois, avec un recours accru au sous-étage des chênaies et châtaigneraies en été comme refuge thermique. Les chèvres adoptent une stratégie « orientée par la broussaille », investissant davantage les bandes de maquis et les zones élevées et rocheuses, avec une activité souvent prolongée en fin d’après-midi ou en début de nuit. La comparaison entre l’usage observé et la disponibilité des classes d’occupation du sol met en évidence des préférences saisonnières cohérentes avec ces stratégies. Les résultats se traduisent en orientations pratiques : agenda bimodal en été (départ matinal, repos à l’ombre avec accès à l’eau à la mi-journée, retour tardif), rotation des itinéraires selon la position sur le versant et l’humidité pour protéger le sol, recours ciblé aux chèvres pour le contrôle des ligneux et gestion de l’accès des brebis aux cultures et prairies. L’approche est reproductible et transférable à d’autres massifs, contribuant à la mobilité des troupeaux, à la réduction de la biomasse combustible fine et à l’adaptation au réchauffement climatique.
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