|
Résumé :
|
Le changement climatique représente une menace sérieuse pour la durabilité de la production céréalière pluviale dans le nord du Maroc, où la variabilité des précipitations et la hausse des températures accentuent le risque de stress hydrique. La question centrale de ce travail est de savoir dans quelle mesure les systèmes agroforestiers associant l’olivier à des céréales peuvent amortir ces impacts et maintenir des rendements céréaliers acceptables sous différents scénarios climatiques. Le modèle tridimensionnel Hi-sAFe, couplant STICS au module sAFe-Tree, a été calibré sur les données de rendement 2017-2023 de la DPA d’Ouezzane et sur des observations LAI/Sentinel-2. La validation montre un bon accord entre valeurs simulées et observées, avec un RMSE de 1,74 q/ha pour le blé tendre et 1,95 q/ha pour le blé dur, et une efficacité (EFF) de 0,84 et 0,21 respectivement. Ces indicateurs traduisent une excellente performance pour le blé tendre et une performance plus modeste mais jugée suffisante pour analyser les tendances de rendement du blé dur, le biais restant faible dans les deux cas. Les simulations climatiques reposent sur trois modèles régionaux CORDEX-Afrique (AFR-22_MOHC-HadGEM2-ES, AFR-22_MPI-M-MPI-ES et AFR-22_NCC-NorES) et deux scénarios contrastés (RCP 2.6 et RCP 8.5), corrigés par les réanalyses ERA5-Land. Les résultats montrent qu’en régime pluvial, les rendements en grain du blé dur chutent fortement dans les provinces côtières (Al Hoceima, Fahs Anjra, M’diq-Fnideq, Tanger-Asilah), où ils descendent fréquemment à 2,5–3,5 q/ha sous RCP 8.5 à l’horizon 2050-2100, alors que dans des zones comme Chefchaouen ou Tétouan conservent 13–22 q/ha selon le modèle climatique. En agroforesterie, le rendement du blé dur associé se maintient autour de 8–12 q/ha sous RCP 2.6, avec un indice d’équivalence des terres (LER) compris entre 0,70 et 0,85, indiquant un bon usage du sol par le couple olivier–blé dur. Sous RCP 8.5, il tombe le plus souvent à 4–6 q/ha contre 9–11 q/ha en monoculture, et le LER se réduit à 0,4–0,6, signe d’une compétition hydrique accrue entre arbre et culture. L’intégration d’une irrigation complémentaire ciblée sur les situations où le rendement pluvial simulé du blé dur est inférieur à 10 q/ha modifie nettement ce diagnostic. De faibles apports (en général 30–36 mm avec MOHC, 30–42 mm avec MPI et 29–37 mm avec NCC) permettent de faire passer les rendements du blé dur de 2–6 q/ha à 8–11 q/ha, avec une efficacité d’utilisation de l’eau proche de 90 %. Ce gain est particulièrement marqué dans les provinces littorales, tandis que les zones plus humides (Chefchaouen, Tétouan, parfois Larache) restent peu ou pas irriguées, leurs rendements pluviaux dépassant déjà 15–20 q/ha. Ainsi, la combinaison agroforesterie olivier–blé dur et irrigation d’appoint ciblée apparaît comme une stratégie d’adaptation prometteuse pour les systèmes céréaliers pluviaux du nord du Maroc, en limitant la baisse des rendements sous climat futur tout en optimisant l’usage conjoint de la terre et de l’eau. Le modèle Hi-sAFe se révèle, dans ce contexte, un outil pertinent pour appuyer la planification de ces stratégies d’adaptation.
|