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Résumé :
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Dans un contexte de contrainte hydrique structurelle et de raréfaction des ressources fourragères, la recherche d’alternatives à la production conventionnelle constitue un enjeu majeur pour la durabilité des systèmes d’élevage marocains. L’orge hydroponique est souvent présentée comme une option technologique capable de produire du fourrage vert en cycle court et en environnement contrôlé. Cette étude visait à évaluer, de manière intégrée et quantitative, les performances techniques, économiques et environnementales d’un système d’orge hydroponique, ainsi que sa valeur zootechnique dans l’alimentation d’ovins en croissance. Le travail expérimental, conduit au Centre de Biotechnologie de la Production Animale d’Aïn Béni Mathar, a porté sur plusieurs cycles de production comparant deux variétés (locale et importée) et trois durées de germination (6, 8 et 10 jours), complété par un essai d’engraissement ovin incluant trois régimes : foin de luzerne, ensilage de maïs et orge hydroponique. Les résultats montrent que la production de biomasse est régulière mais associée à une faible teneur en matière sèche (≈ 10 %), on obtient 5,5 à 7,2 kg de matière verte par kg de grain brut, et un kilogramme de matière sèche initiale ne restitue, après germination, que 0,56 à 0,87 kilogramme de matière sèche finale, soit une perte de 0,13 à 0,44 kg de MS par kilogramme de MS engagée. La production d’orge hydroponique présente une prédominance racinaire (≈ 80 % du poids total). Sur le plan chimique, les teneurs élevées en fibres (46 % NDF, 29 % ADF, 8 % ADL), en matières minérales (3 à 7 % MM) et la diminution de la quantité absolue de protéines : 1 kg de grains bruts apportant environ 110 g de protéines n’en restituant qu’environ 88 g après germination, traduisent une digestibilité limitée et une valeur énergétique moyenne de 0,08 UFL/kg MB correspondant à 0,92 UFL/kg MS. Cette valeur représente une baisse d’environ 15 % de la densité énergétique par rapport au grain brut. En termes absolus, 1 UFL initial ne donne plus que 0,51 à 0,62 UFL après germination, témoignant d’une perte de 38 à 49 % du potentiel énergétique récupéré. L’essai d’engraissement a révélé une efficacité alimentaire inférieure pour le régime hydroponique : un indice de consommation de 9,07 kg MS/kg gain de poids vif et un gain moyen quotidien de 0,085 kg/j, soit environ la moitié de celui obtenu avec les régimes à base de luzerne ou d’ensilage. Sur le plan économique, le coût de production s’élève à 10,813,9 DH/kg MS (15–20 DH/UFL), soit dix à quinze fois le coût des fourrages conventionnels. Bien que la consommation d’eau reste faible (30–55 L/kg MS), l’unité dépend fortement de l’énergie électrique (≈ 108 kWh/jour), ce qui réduit sa soutenabilité environnementale. Dans ces conditions, l’adoption de chambres hydroponiques à l’échelle des exploitations demeure difficilement envisageable. Les résultats obtenus constituent une référence scientifique solide pour orienter les politiques fourragères vers des systèmes plus sobres en intrants, techniquement maîtrisables et adaptés aux contraintes agroclimatiques marocaines.
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