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Résumé :
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La question du travail dans les exploitations familiales d’élevage demeure un enjeu stratégique pour la durabilité des systèmes agricoles marocains, particulièrement en zones périurbaines soumises à une double pression : changement climatique et transformation socio-économique rapide. Cette étude a pour objectif de caractériser, à l’aide de la méthode Bilan Travail, l’organisation du travail, la répartition de la main-d’œuvre et la rentabilité dans 22 exploitations représentatives de la diversité locale, regroupées en cinq profils : i) agro-élevage arboricole irrigué, ii) polyculture-élevage irrigué, iii) spécialisation cultures irriguées, iv) exclusivement pluviales, et v) élevage dominant. Les résultats montrent que 93 % des travaux d’astreinte (alimentation, abreuvement, soins, traite, nettoyage) sont assurés par la main-d’œuvre familiale, avec un maximum observé dans le profil agro-élevage arboricole irrigué (456,3 jours/an). La contribution féminine est la plus élevée dans le profil exclusivement pluviales (57 % du volume total de travail), où les femmes assurent également la transformation du lait en produits traditionnels tels que le petit lait et le beurre. Cette activité, bien que partiellement mécanisée grâce aux barattes électriques, reste chronophage, pouvant mobiliser jusqu’à six heures par cycle en période de forte production laitière. La participation des jeunes aux volumes de travail total est limitée, allant de 3 % dans le profil élevage dominant à 29 % dans le profil polyculture-élevage irrigué, traduisant un risque de rupture générationnelle. Les travaux saisonniers regroupent l’ensemble des opérations de récolte, en particulier celles des cultures fourragères, comprenant la fenaison, représentent une charge importante. Dans le profil spécialisation cultures irriguées, ils sont largement externalisés (100 à 120 DH/jour), tandis que dans le profil agro-élevage arboricole irrigué, les travaux d’astreinte internes sont rémunérés en moyenne à 77,3 DH/jour. Les marges brutes annuelles varient de 70 470 DH pour les systèmes spécialisation cultures irriguées, dépendants des intrants, à 209 980 DH dans le profil élevage dominant, bénéficiant d’une forte autonomie fourragère. Face aux effets du changement climatique (sécheresses récurrentes, stress hydrique) et à la raréfaction des ressources en eau, les exploitants adoptent diverses stratégies d’adaptation : optimisation de l’irrigation dans les profils irrigués, réorientation vers des cultures pluviales plus résilientes dans les profils exclusivement pluviales, diversification des productions, réduction du cheptel en période critique, et valorisation accrue des produits transformés pour sécuriser les revenus. Ces adaptations traduisent un changement de vision : d’une logique de maximisation de la production à une recherche d’efficacité et de sécurisation économique, intégrant la préservation des ressources naturelles. L’analyse qualitative met en évidence une dualité dans le sens donné au travail : dans les profils élevage dominant et agro-élevage arboricole irrigué, il est porteur d’une dimension patrimoniale et identitaire ; dans les profils spécialisation cultures irriguées et polyculture-élevage irrigué, il s’inscrit dans une logique économique orientée vers la rentabilité immédiate.
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