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Résumé :
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Cette étude s'inscrit dans le contexte croissant des préoccupations liées au changement climatique et vise à contribuer à une meilleure compréhension de l'impact environnemental de la production laitière au Maroc, à travers l'analyse de l'empreinte carbone à l'échelle de l'exploitation agricole. L'évaluation repose sur une approche de type « cradle-to-farmgate », prenant en compte l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées jusqu'à la sortie du lait de la ferme. Le modèle d'estimation utilisé est le Cool Farm Tool (CFT), un outil largement reconnu pour le calcul des émissions agricoles. L'unité fonctionnelle retenue est le kilogramme de lait corrigé en matière grasse et en protéines (FPCM). L'étude s'appuie sur un échantillon de 40 exploitations bovines laitières situées dans la région de Casablanca-Settat, représentatives de la diversité des systèmes laitiers présents dans le pays. Les fermes ont été regroupées en quatre profils contrastés selon deux critères structurants : (1) le mode de commercialisation du lait et (2) le mode d'approvisionnement en fourrages. Cette typologie permet de croiser différentes réalités techniques et économiques, des exploitations spécialisées, avec des niveaux de rendement laitier annuel par vache élevé (plus de 6 000 litres), aux petites unités en ‘hors-sol’ confrontées à des contraintes hydriques sévères et à une faible autonomie alimentaire. L'empreinte carbone moyenne estimée pour l'ensemble de l'échantillon est de 2,4 kg CO2e/kg FPCM, avec des écarts significatifs entre les profils, allant de 1,6 kg CO2e/kg pour les systèmes les plus performants à 3,28 kg CO2e/kg pour les moins efficients. La répartition des émissions montre une prédominance de la fermentation entérique (40 %), suivie par la production des aliments (33 %), la gestion des effluents (11 %), le transport (10 %) et l'énergie (6 %). L'analyse révèle également que les fermes en livraison directe présentent, en moyenne, une empreinte carbone par litre de lait plus faible que celles passant par les coopératives, du fait de leur meilleur rendement laitier. Cet effet de dilution a été quantifié, montrant qu'une augmentation du rendement annuel de 1 000 litres de lait par vache est associée à une baisse de 0,21 kg CO2e/kg de lait. En revanche, leurs émissions totales absolues sont nettement plus élevées, compte tenu des volumes produits bien supérieurs. En effet, si les exploitations les plus performantes génèrent les volumes d'émissions absolues les plus importants (plus de 590 000 kg de CO2e/exploitation en moyenne), les petites fermes à l'intensité la plus forte ont un impact total bien plus faible (moins de 30 000 kg de CO2e/exploitation). Au-delà de la quantification, ce travail met en lumière l'hétérogénéité des situations agricoles et souligne la nécessité de produire des évaluations différenciées selon les contextes. Il constitue une première tentative de référence nationale sur le sujet, étant donnée l'absence de données territorialisées au Maroc. L'approche mobilisée offre également un cadre d'analyse pertinent pour identifier les principaux postes émetteurs et explorer, à terme, les leviers d'atténuation les plus adaptés aux différents types d'élevages étudiés.
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